Quand la colère refoulée fait bon ménage avec les maladies auto immunes.
Maryse, 45 ans , officier de carrière ne cache pas son émotion devant le thérapeute : dès l’enfance elle a subi une multitude d’obstacles entravant son besoin d’autonomie et d’authenticité sous l’effet d’une mère stressée et hyper controlante. Elle évoque par exemple une interdiction d’aller jouer dehors parce qu’elle risquait un coup de soleil, ou de choisir ses vêtements, de se préparer un bol de céréales, etc. Elle se souvient avoir hurlé lorsque sa mère lui a interdit la danse classique et s’être retrouvée contre son gré inscrite dans un club de tennis.
Que de colère refoulée pour un enfant.
Aujourd’hui elle est divorcée et souffre d’une sclérose en plaque entrainant des troubles moteurs, et se demande si toute ces frustrations n’en sont pas la cause ou tout au moins un facteur aggravant. Heureusement son état ne s’empire pas grâce à une thérapie somatique appelée Somatic Experiencing, SE en complément aux immunodépresseurs qui freinent l’attaque du système immunitaire.
Essayons de défricher les liens possibles entre traumatisme du développement, et maladie auto immune.
En quoi consiste les thérapies «de sortie du figement »?
Les causes : Une « mère drone » et des facteurs narcissiques
Le problème de Maryse c’est l’héritage de sa mère : Pour compenser un sentiment d’impuissance ou d’insécurité intérieure, elle est devenue « contrôlante », comme un drône en stationnaire au-dessus d’un prisonnier échappé. Ce contrôle vise à modeler Maryse selon ce que la mère juge « acceptable » afin d’apaiser ses propres angoisses héritées de son passé. Mais ce n’est pas tout.
Une autre racine classique est la « Projection narcissique » , ce stratagème égoïste qui permet aux parents d’utiliser l’enfant comme un espace de projection, attendant de lui qu’il accomplisse ce qu’ils n’ont pas pu réaliser eux-mêmes. L’enfant devient alors un prolongement du parent plutôt qu’un individu.
Dans ce tableau noir, Les propres problèmes émotionnels et troubles de l’attachement de la mère de Maryse ne sont jamais étrangers. Maryse a-t-elle hérité des traumatismes de sa mère ? C’est probable surtout si celle-ci n’a pas pu exprimer tout son besoin d’authenticité
Les effets sur l’enfant : inhibition et parfois figement traumatique
Lorsque survient un conflit de répression de l’autonomie ( et de l’authenticité), l’enfant manifeste de la colère qu’il refoule rapidement sous peine de perdre le cordon ombilical.
Car la première priorité de l’enfant, c’est de garder le lien affectif ; son cordon ombilical avec sa mère. Toujours. Pour sauvegarder l’amour de sa mère, il va devoir endosser un masque : « le faux self » au détriment de la vraie nature de l’enfant qui repose sur la spontanéité et l’envie de découvrir ; c’est le « vrai self ».
Le message inconsciemment encodé est :
– S‘AFFIRMER EST DANGEREUX
– POUR GARDER LE LIEN, JE DOIS ME SOUMETTRE.
A l’âge adulte ce logiciel délétère aura inévitablement un impact sur la confiance en soi et la vie relationnel.
Dans les cas plus graves, si le parent est à la fois la source de peur et la seule source de protection, l’enfant se retrouve dans une impasse biologique. Il se « fige » (réaction de freeze) : son corps est pétrifié, sa colère est intériorisée et son cortex préfrontal qui assure la fonction de conscience se déconnecte pour supporter le stress. En résumé, on a un processus en trois étapes :
Colère – Inhibition – Figement
Maryse explique ensuite que lors de certaines dispute avec son mari, elle se recroqueville et se dissocie, comme si son cerveau se mettait en sécurité pour ne pas revivre ce traumatisme.
Effectivement, dans certains cas, on a l’impression parfois de flotter en dehors de soi ; c’est un mécanisme de survie.
Le modèle de développement de l’enfant: John Bowlby
Les modèles de psychologie du développement de l’enfant nous éclairent : l’attachement de la mère doit être à la fois sécurisant , et élastique pour permettre à l’enfant de devenir autonome et authentique, tout en restant dans un cadre normatif. Un challenge diront certains parents ! Concrètement, selon le modèle du célèbre docteur John Bowlby, Maryse une stratégie de désactivation ou d’inhibition de la colère, typique de l’attachement insécure-évitant ou désorganisé. Maryse esquive toute situation conflictuelle afin de ne pas vivre une rupture de lien (https://www.psychologies.com/Moi/Moi-et-les-autres/Relationnel/Articles-et-Dossiers/L-attachement-evitant-quand-se-lier-aux-autres-est-difficile).
Avant 6 ans, l’enfant est avant tout une entité émotive
Un autre aspect important est neurobiologique : avant 6 ans , un enfant est une boule « 100% émotions ». Le cerveau émotionnel (dont l’amygdale, notre « centrale 112 ») est déjà très actif et réagit vivement aux frustrations. Le cortex préfrontal, qui sert de « frein » et permet de rationaliser, ne commence à mûrir que vers 5-7 ans. L’enfant est donc littéralement submergé par ses émotions, sans avoir les outils neurobiologiques pour se calmer seul.
Raison de plus pour emmagasiner toute cette énergie
L’enkystement de la colère entraine une révolte du système immunitaire
Beaucoup de thérapeutes invitent leurs patients à suivre une thérapie qui libèrent le corps d’émotions emprisonnées par des figements auquels on a pa pus répondre. Dans son ouvrage de référence Quand le corps dit non (titre original : When the Body Says No), le Dr Gabor Maté explore en détail le lien entre le refoulement émotionnel — particulièrement la colère — et le développement de maladies chroniques et auto-immunes.
Selon Maté, le système immunitaire et le système émotionnel ne sont pas séparés, mais forment une seule unité de défense des frontières de l’individu.
Pour un enfant, la colère est une réponse biologique saine qui signale qu’une limite a été franchie. C’est un mécanisme de défense pour dire « non ». Le docteur Maté ne fait qu’abonder dans le sens de Darwin ou Paul Ekman, tous deux pionniers dans l’explication selon laquelle nos émotions sont des indicateurs de violation de notre équilibre.
Le dilemme de l’attachement
Si l’expression de cette colère menace le lien avec les parents (nécessaire à la survie de l’enfant), celui-ci choisit inconsciemment de la refouler pour rester « gentil » et accepté.
Le retournement contre soi : Lorsque la colère ne peut pas être dirigée vers l’extérieur pour protéger l’individu, le stress chronique résultant déséquilibre le système immunitaire. Ce dernier perd sa capacité à distinguer le « soi » du « non-soi » et finit par s’attaquer au propre corps de la personne.
Maryse fait partie des exemple concrets cités par le Dr Maté : la SEP et ou de Polyarthrite rhumatoïde.
Ces patients présentent souvent une personnalité de « Type C » : extrêmement serviables, incapables de dire non, priorisant toujours les besoins des autres et réprimandant toute forme de colère personnelle.
Scénario d’enfance : Un enfant dont le parent est dépressif ou colérique apprend très tôt à « ne pas faire de vagues » pour ne pas aggraver la situation. En devenant adulte, cette habitude de supprimer ses propres besoins devient un trait de caractère permanent qui « désarme » ses défenses biologiques contre la maladie.
En résumé, pour Maté, la maladie auto-immune est souvent le cri du corps qui dit le « NON » que l’esprit n’a jamais osé formuler.
Des études scientifiques récentes et des revues de littérature confirment que le cortisol, bien qu’étant initialement un anti-inflammatoire, joue un rôle paradoxal et central dans le déclenchement des maladies auto-immunes.
Quand le cortisol s’emballe: trois clés
- Le mécanisme de la « Résistance aux Glucocorticoïdes ».
C’est l’explication scientifique majeure. Normalement, le cortisol calme l’inflammation. Mais en cas de stress chronique (comme celui d’un enfant refoulant sa colère) : Le corps produit du cortisol en permanence.
Les récepteurs des cellules immunitaires finissent par devenir « sourds » au cortisol (phénomène de résistance).
- Le déséquilibre de l’axe HPA (Hypothalamus-Hypophyse-Surrénales), « l’autoroute du stress » de notre métabolisme: Le stress prolongé dérègle cet axe qui gère notre réponse biologique. Des études cliniques montrent des taux de cortisol anormalement élevés chez des patients atteints de lupus, de polyarthrite rhumatoïde ou de sclérose en plaques. Ce déséquilibre neuroendocrinien transforme l’immunité en auto-immunité, perturbant la régulation des cytokines (les messagers de l’inflammation).
- Les chiffres clés des études.
La recherche appuie fortement le ressenti des patients :
Jusqu’à 80 % des patients rapportent un stress émotionnel inhabituel juste avant l’apparition de leur maladie auto-immune.
Une étude sur plus de 100 000 personnes a montré que celles souffrant de troubles liés au stress ont une probabilité significativement plus élevée de développer une ou plusieurs maladies auto immunes.
Pour le docteur Gabor Maté, le refoulement de la colère n’est pas qu’une question psychologique : c’est un stress biologique permanent. Ce stress maintient l’axe HPA sous pression constante, menant précisément à cette résistance au cortisol mentionnée par les chercheurs du Somatic Movement Center et du National Institutes of Health (https://somaticmovementcenter.com/new-research-stress/).
Comment libérer la colère?
La Somatic Experiencing (SE) est une approche psychothérapeutique développée par Peter Levine, pionnier des thérapies somatiques. Elle repose sur l’observation que le traumatisme n’est pas seulement lié à l’événement vécu, mais à la manière dont le système nerveux a été débordé et n’a pas pu retrouver son équilibre.
Levine s’est notamment inspiré du monde animal : après un danger extrême, certains animaux passent par une phase de figement, puis libèrent spontanément l’activation accumulée (tremblements, mouvements), ce qui leur permet de revenir à un état d’équilibre. Chez l’humain, ce processus est souvent interrompu, laissant une activation inachevée dans le système nerveux.
La SE vise alors à renégocier le traumatisme progressivement, par petites séquences (titration), dans un cadre sécurisant ancré dans le présent. Le thérapeute accompagne la personne dans une oscillation entre activation et ressources (pendulation) , afin de permettre au système nerveux d’intégrer l’expérience sans être submergé. Le praticien doit maîtriser la notion de FELT SENSE (voir l’encadré)
Comme l’explique le psychiatre somaticien Michel Schittecatte, dans les traumas d’enfance liés à une répression de l’autonomie, l’enjeu n’est pas uniquement de libérer une réponse de fuite ou de lutte, mais de restaurer un élan fondamental d’existence, de protestation et de mise de limites.
Ainsi, dans la thérapie, Maryse est invitée à revisiter de manière très progressive certains fragments de l’expérience, tout en s’appuyant sur des ressources (présence sécurisante, figures de soutien, sensations agréables). Cela lui permet l’émergence de réponses corporelles ou émotionnelles, comme un geste de protestation ou l’expression d’une colère jusque-là inhibée, favorisant une réintégration plus complète de l’expérience.
Dans le prochain article je vous dévoile toute la puissance de la Somatic Experiencing , SE, ainsi qu’un compte rendu de la thérapie de Maryse
La clé de la thérapie est le Felt sense : ce qui est profondément ressenti
Le thérapeute questionne les sensations corporelles et observe le non verbale du patient ; ce qui permet :
- de rester dans la fenêtre de tolérance
- de doser l’exposition
- de suivre le rythme du corps
- de laisser émerger une auto-régulation naturelle
Prochainement , je vous détaille comment fonctionne une sénce de Somatic Experiencing.
Dans une première étape, on utilise des techniques comme le yoga afin de donner de signaux de calme au système nerveux central. Après cela le dialogue, et l’extériorisation des sensations vont jouer un rôle crucial pour renégocier le traumatisme.
