La Théorie polyvagale est-elle devenue une non-théorie ?
Des articles de vulgarisation sur le nerf vague (ou nerf pneumogastrique), je peux vous dire que j’en ai lus. Beaucoup. Connaissez-vous les livres de Stephen Porges, Stanley Rosenberg ou encore le Dr Habib ? Ce sont des bestsellers.
Partout, le modèle de Porges (Il a obtenu son Ph.D. -Doctorat de recherche- en psychologie à l’Université d’État du Michigan en 1970) s’est imposé comme une référence majeure dans le monde des thérapies somatiques et du bien-être.
L’idée d’un lien profond entre le corps, les émotions et le système nerveux autonome parait à mes yeux à la fois intuitive et scientifiquement fondée. J’ai pratiqué les techniques somatiques et je me souviens encore expliquer la cohérence cardiaque et la régulation vagale lorsque j’étais formateur au sein de la Défense en Belgique.
Puis une publication récente rassemblant 39 spécialistes est venue ébranler certaines de mes certitudes. En parcourant cette critique internationale de la théorie polyvagale, j’ai découvert que plusieurs neuroscientifiques et physiologistes contestent aujourd’hui non pas l’intérêt clinique de certaines pratiques, mais les bases neuroanatomiques et évolutionnistes utilisées pour les justifier.
L’aviez-vous noté ? Aujourd’hui Des millions de personnes utilisent aujourd’hui respiration, cohérence cardiaque ou techniques de régulation autonome pour mieux gérer stress et traumatismes. Beaucoup de profs de yoga étayent leurs explications sur les effets du prānāyāma en invoquant le nerf vague.
Cette étude m’a rendu anxieux car une question devient difficile à éviter : jusqu’où les neurosciences actuelles valident-elles réellement le récit proposé par la théorie polyvagale -TPV- du célèbre docteur Stephen Porges ? Il fallait que j’enquête.
Au programme : Un rappel de cette TPV, puis, plonger au cœur de l’onde de choc : l’étude de Paul Grossman (pour être précis, c’est une évaluation internationale par un consensus d’experts). Une charge scientifique qui ébranle les fondations mêmes des techniques somatiques. Alors, verdict ? Sommes-nous face à une imposture totale ? Faut-il tout jeter ?
Mais d’abord , un rappel s’impose.
(En fin d’article, je vous décris l’étude)
la théorie polyvagale, c’est quoi ?
Pour bâtir sa théorie polyvagale, Porges a mené des recherches comportementales et cardiaques sur des mammifères. Il a combiné ces observations avec l’analyse de travaux existants en neuroanatomie comparée (l’étude des différences anatomiques entre les espèces).
En Octobre 1994 , Il expose officiellement sa théorie pour la première fois à Atlanta, lors de son discours présidentiel devant la Society for Psychophysiological Research. Depuis il ne cesse d’y travailler malgré ses 81 ans.
En 2011, face à l’intérêt croissant des psychothérapeutes, il rassemble toutes ses recherches dans l’ouvrage majeur destiné au grand public et aux cliniciens : « The Polyvagal Theory: Neurophysiological Foundations of Emotions, Attachment, Communication, and Self-Regulation ».
Voici pour l’historique général. Maintenant, rentrons dans le sujet.
On pourrait dire que si le cerveau était une centrale d’alarme, le nerf vague serait le manager de crise.
Le stade vagal ventral c’est quand « tout est cool et que l’on est avec nos amis « . Dans cette zone de sécurité totale, le système nerveux est détendu et le corps fonctionne de manière optimale. À l’image d’amis qui discutent autour d’un verre. Cet état favorise la connexion sociale, la communication, la curiosité et la régulation biologique. Le rythme cardiaque est stable, la digestion est active, et l’esprit reste ouvert et disponible pour interagir harmonieusement avec le monde environnant.
Le stade sympathique (ou orthosympathique) s’apparente à une « alarme incendie « . Dès qu’un danger est perçu, le système nerveux coupe les fonctions non essentielles pour mobiliser toute l’énergie disponible. C’est le mode du combat ou de la fuite, où le corps se comporte comme une sirène d’urgence qui s’active pour évacuer un bâtiment en feu. Le cœur s’emballe, les muscles se tendent et l’esprit devient hypervigilant, obsédé uniquement par la recherche d’une issue ou d’un moyen de neutraliser la menace immédiate.
Le stade vagal dorsal correspond à un « ordinateur qui disjoncte ». Face à une menace extrême face à laquelle le combat et la fuite sont impossibles, le système nerveux choisit l’immobilisation pour protéger l’organisme d’une surcharge émotionnelle. Comme un ordinateur qui coupe brutalement son système et fige son écran pour éviter que ses composants ne grillent, le corps entre en état de choc, de dissociation ou de léthargie. Le rythme cardiaque chute (on parle de bradycardie), les émotions s’engourdissent et l’individu se replie totalement sur lui-même pour assurer sa survie à l’économie.
Les psychologues apprécient expliquer les états de sidération, de figement en utilisant le stade vagal dorsal
Résumons cela: Le modèle du Dr Porges propose que notre système nerveux autonome fonctionne selon une hiérarchie évolutive -notion que je vais clarifier- de trois états principaux :
État | Fonction | Ressenti typique |
Ventral vagal | sécurité sociale | calme, lien, engagement |
Sympathique | mobilisation | combat, fuite, anxiété |
Dorsal vagal | immobilisation | effondrement, sidération, dissociation |
Selon la TPV, le système nerveux autonome fonctionnerait selon une hiérarchie de 3 réponses. Lorsqu’une situation menaçante survient, l’organisme tenterait d’abord de mobiliser ses ressources de fuite ou de combat. Si cette stratégie est perçue comme inefficace ou impossible, certaines personnes pourraient basculer vers une réponse d’immobilisation ou de figement.
Dans les situations extrêmes, cette réponse peut s’accompagner de modifications physiologiques telles qu’un ralentissement du rythme cardiaque, une diminution de l’activité motrice, une respiration plus discrète ou une réduction de la réactivité sensorielle. Chez certaines personnes, notamment lors d’événements traumatiques majeurs, des phénomènes dissociatifs peuvent également apparaître. Toutefois, ces réactions varient fortement d’un individu à l’autre et ne sont ni systématiques ni entièrement expliquées par la théorie polyvagale.
(Sur le visuel ci-dessous que j’ai prompté à l’IA, la hiérarchique polyvagale en trois escaliers est expliquée par les phylactères jaunes).
LE NERF VAGUE, UNE AUTOROUTE D’INFORMATIONS
le nerf vague – la dixième paire de nerfs crâniens- constitue la composante majeure et principale du système nerveux parasympathique (le frein de notre métabolisme), mais il ne le résume pas à lui seul. La grande majorité des connexions remontent du corps (cœur, poumons, intestins) vers le cerveau (80%). Le nerf vague passe son temps à collecter des informations physiques pour informer le cerveau de l’état de nos organes (battements, digestion, niveau d’inflammation).
Une petite minorité seulement des connexions descendent du cerveau pour envoyer des ordres moteurs à nos viscères (ex: ralentir le cœur, accélérer la digestion). Ces 20 % sont des fibres efférentes (Le cerveau commande au corps).
Donc, il est souvent beaucoup plus facile de calmer son cerveau en agissant sur son corps (par la respiration lente ou la posture) qu’en essayant simplement de « se raisonner » par la pensée. Cette caractéristique est probablement l’argument le plus exploité dans le monde des techniques d’apaisement. Dit autrement, si vous pratiquez la cohérence cardiaque ou certaines techniques respiratoires du yoga, vous ne faites rien d’autre que d’informer votre cerveau d’un état de sérénité. Si vous êtes intéressé par les approches somatiques, ou bottom-up, je vous suggère de lire mon article ici.
LA DIVISION ANATOMIQUE du NERF VAGUE selon Stephen Porges
L’idée centrale de la théorie de Stephen Porges est que le nerf vague fonctionnerait selon deux grands systèmes distincts anatomiquement:
- un système « ventral », plus récent sur le plan évolutif, associé à la sécurité, au lien social et à l’engagement relationnel ;
- un système « dorsal », plus archaïque, lié aux états de figement, d’effondrement ou de sidération.
Selon cette théorie, notre cerveau détecterait inconsciemment la sécurité ou le danger — ce que Porges appelle la « neuroception ». Ce modèle a rencontré un immense succès dans les domaines de la psychotraumatologie, du yoga thérapeutique et des thérapies corporelles. Pourquoi un tel engouement ?
Parce qu’il offre une grille de lecture très parlante pour comprendre certains mécanismes du trauma. Dans le cas du SSPT (syndrome de stress post-traumatique), par exemple, le corps peut rester bloqué dans un état d’alerte ou de figement prolongé –le système polyvagal dorsal. Les victimes de traumatismes — accidents, agressions, opérations, violences ou situations extrêmes — revivent parfois l’événement sous forme de flashbacks ou de reviviscences. Selon l’approche polyvagale, le cerveau maintiendrait alors l’organisme dans un état défensif durable.
C’est notamment sur cette compréhension que s’appuient certaines approches thérapeutiques comme l’EMDR ou la Somatic Experiencing®, qui cherchent à aider la personne à retrouver progressivement un état de sécurité et de régulation ; donc le système polyvagal ventral.
C’est précisément ici que les critiques récentes commencent : plusieurs neuroscientifiques contestent aujourd’hui la solidité scientifique de la division anatomique et fonctionnelle proposée entre un « vague ventral » social et un « vague dorsal » associé au shutdown, ou figement.
Rentrons maintenant dans le cœur de l’étude
Ce que l’étude critique exactement
Il faut être clair. L’étude ne dit PAS : « le système nerveux n’influence pas les émotions ». Elle critique des affirmations biologiques précises. Quoi précisément ?
Critique de la division en deux voies vagales distinctes
Pour commencer , essayons de visualiser cette division anatomique qui existe réellement. L’image est simple : Imaginez le nerf vague comme un réseau de câbles, et les noyaux vagaux comme des centrales de pilotage. Ce qui fait l’objet de critiques ce sont deux « centrales de pilotage » : Le noyau ambigu , relié à la branche ventrale, et le noyau dorsal ; lui-même en connexion avec la voie dorsale (voir le visuel ci-dessous).
Maintenant suivez-moi bien car cela se corse quelque peu mais rassurez-vous, vous allez comprendre. Je vous explique la collision entre les connaissances neuroanatomiques actuelles , et la version du Dr Porges.
Au sujet du Noyau Ambigu (voie ventrale), selon la science, c’est le frein cardiaque principal. Il régule le rythme cardiaque instantanément (battement par battement) en fonction de la respiration et de la pression artérielle. Ses fibres sont fortement myélinisées, ce qui permet une transmission ultra-rapide de l’information.
Ce que Porges prétend : Il le nomme le « vague intelligent » ou « système d’engagement social ». Selon lui, ce noyau s’active uniquement en état de sécurité perçue pour inhiber le système sympathique, favoriser la connexion sociale, la communication et l’empathie.
Focus sur Le Noyau Moteur Dorsal (la voie dorsale) : Selon la science , il régule principalement les fonctions viscérales et gastro-intestinales (la digestion) sous le diaphragme. Il contient aussi une minorité de neurones cardiovagaux capables de ralentir le cœur, mais son action sur le rythme cardiaque reste modeste, lente et secondaire par rapport au noyau ambigu.
Ce que Porges prétend : Il en fait le système de « survie archaïque ». Il affirme que face à un danger de mort imminent où la fuite est impossible, ce noyau prend le contrôle total du cœur. Il provoquerait alors un ralentissement cardiaque extrême, une baisse de tension et un état de figement/sidération (dissociation traumatique).
Où se situe le point de rupture scientifique ?
La science moderne (menée entre autres par Paul Grossman) invalide la dichotomie stricte de Porges : le figement et la bradycardie de défense (la diminution du rythme cardiaque sous 60 bpm)ne sont pas causés par une activation isolée du noyau dorsal, mais par une co-activation complexe entre le noyau ambigu et le système sympathique.
Dans l’encadré « Pour aller plus loin », je vous parle davantage des noyaux du nerf vague.
Deuxième point d’achoppement : la spéculation évolutionniste
Critique de l’évolution « reptiles – mammifères sociaux » . Avons-nous un tyrannosaure 🦖 qui sommeille en nous ?
Dans beaucoup de vulgarisations, j’ai lu que le polyvagal dorsal est un mode de survie qui nous vient de nos ancêtres reptiliens ,et que nous enclenchons lorsque la fuite et le combat sont vaincs.
Je vous l’avoue, cela m’a plu comme thèse. Que dit l’étude de Grossman ?
Je vous avais parlé précédemment de spéculation évolutionniste. La théorie polyvagale décrit souvent les reptiles comme peu sociaux, tandis que nous, mammifères, sommes caractérisés par notre socialité avancée grâce au nouveau nerf vague.
Les auteurs disent :
- c’est biologiquement trop simpliste ;
- beaucoup de reptiles ont déjà des comportements sociaux complexes ;
- l’évolution du système nerveux autonome n’appuie pas ce récit.
C’est un point important : le « storytelling évolutionniste » de la théorie serait largement incorrect.
Critique du lien tonus vagal – variation naturelle de la fréquence cardiaque
C’est le point le plus critiqué. Soyez attentifs à l’explication. Mon formateur en Cohérence cardiaque m’avait dit ceci:
« Claudio, si tu as un bon RSA, tu as un bon tonus vagal, donc une bonne régulation émotionnelle ».
Avait-il tort ? C’est quoi le RSA ?
Le RSA (Respiratory Sinus Arrhythmia) désigne une variation normale du rythme cardiaque liée à la respiration :
- inspiration → le cœur accélère légèrement,
- expiration → il ralentit légèrement.
C’est un phénomène réel, robuste et bien documenté. La théorie utilise beaucoup la variabilité cardiaque respiratoire comme indicateur du « tonus vagal ». Lorsque votre système nerveux à la faculté de « switcher » par exemple du mode sympathique vers le mode ventral, cela vous confère un avantage certain. Cette flexibilité permet à votre corps de stopper la production de cortisol (hormone naturelle et utile, exagérément baptisée hormone du stress) afin d’activer instantanément la digestion, la récupération cellulaire et la baisse du rythme cardiaque.
Ce que disent les auteurs critiques
⚠️ Les critiques ne disent pas : « le RSA ne mesure rien ». Ils insistent sur le fait que le RSA n’est pas un thermomètre simple du vague. Le RSA dépend de nombreux facteurs :
- fréquence respiratoire,
- profondeur respiratoire,
- âge,
- posture,
- condition physique,
- médicaments,
- métabolisme,
- activité sympathique aussi.
Donc on retient ceci : un RSA élevé ne signifie pas automatiquement “fort tonus vagal social ».
Alors…neuromythe ou pas ?
La réponse honnête est nuancée. Ce qui est fortement contesté aujourd’hui ce sont les bases biologiques fortes de la théorie :
- anatomie,
- évolution,
- mécanismes précis,
- séparation nette ventral/dorsal.
Sur ce point, beaucoup de neuroscientifiques considèrent désormais la théorie comme exagérée, insuffisamment démontrée voire pseudo-scientifique dans certaines formulations.
Ce qui reste largement valable
En revanche, plusieurs idées générales demeurent solides :
- le système nerveux autonome influence l’état émotionnel ;
- le sentiment de sécurité modifie la physiologie ;
- trauma et régulation corporelle sont liés ;
- respiration, relation, posture, voix, environnement social modifient l’activation du système nerveux autonome.
Mais ces idées existaient souvent avant la théorie polyvagale et ne dépendent pas forcément de ses mécanismes spécifiques. Rien de neuf sous le soleil.
La confusion fréquente
Beaucoup de thérapeutes utilisent aujourd’hui « polyvagal » comme une carte clinique simple, un langage pédagogique et un modèle expérientiel. Avez-vous déjà remarqué ceci ? Quand une découverte scientifique survient, on observe un habillage neuroscientifiques ou de la surinterprétation.
Un exemple ? Les neurones miroirs est une découverte réelle et importante. Puis certains ont affirmé qu’ils expliquaient quasiment l’empathie, l’apprentissage, le langage, l’autisme, la civilisation humaine…La portée réelle est probablement bien plus limitée.
Je pourrais également parler de l’habillage pseudo scientifique autour de la physique quantique qui est souvent risible. De nombreux gourous du développement personnel, thérapeutes alternatifs et auteurs de pseudoscience saupoudrent leurs techniques de « quantique » pour s’attribuer une fausse légitimité.
Retenons ceci : Corrélation ne signifie pas causalité (voir aussi l’encadré « pour aller plus loin »)
Dans le modèle de Porges, ce que l’on observe parfois c’est que certaines personnes plus régulées émotionnellement ont un RSA plus élevé. Mais cela ne prouve pas que le RSA cause la sécurité psychologique, ni qu’il reflète spécifiquement un « système vagal ventral social ».
A ce stade de votre lecture, si vous êtes praticien en techniques somatiques ou psychologue, vous vous posez certainement cette question :
Dois-je oublier des outils comme l’Etat de Cohérence Cardiaque ?
Non. Ce qui est surtout remis en cause, c’est l’explication neuroscientifique simplifiée et trop affirmative.
Changez votre story-telling ! C’est ce que je conseille
Prenons la cohérence cardiaque : « C’est blindé d’un point de vue scientifique ». Les effets sont bien documentés : ralentissement physiologique, modulation autonome, diminution subjective du stress, amélioration de certaines mesures cardiovasculaires, influence sur la variabilité cardiaque.
Donc :la pratique reste valide comme outil de régulation.
Conclusion pédagogique 
Le visuel introductif que j’ai prompté à l’IA est un résumé général de cet article. Je vous ai également préparé ce tableau qui scinde ce qui est établi et ce qui est contesté:
Niveau | Statut actuel |
Le système nerveux influence émotion et trauma | Bien établi |
Les états corporels modulent la relation sociale | Bien soutenu |
La hiérarchie ventral/sympathique/dorsal | Contestée |
Les explications neuroanatomiques précises de Porges | Fortement contestées |
Le récit évolutionniste de la théorie | Très critiqué |
Utilité clinique pratique de certaines approches inspirées | Possible malgré tout |
Autrement dit :
Les critiques actuelles ne disent pas forcément que les pratiques cliniques inspirées de la théorie sont inutiles. Elles disent surtout que l’habillage neuroscientifique proposé par la théorie polyvagale dépasse ce que les données permettent réellement d’affirmer. donc la branche ventrale n’est pas l’apanage des humains? Non. Et c’est justement un des points majeurs de la critique moderne de la théorie polyvagale.
Validité et statut de l’évaluation internationale du Dr Paul Grossman
Cette publication n’est pas un simple billet polémique :
- elle est indexée dans PubMed ;
- elle rassemble 39 spécialistes internationaux :
- neurophysiologie autonome,
- physiologie du nerf vague,
- évolution des vertébrés,
- neurosciences cardiovasculaires ;
- plusieurs auteurs sont des références majeures du domaine ;
- les auteurs précisent que certains travaux avaient auparavant été cités par les défenseurs de la théorie polyvagale elle-même.
Mais attention, ce n’est pas une « preuve définitive » Il faut être précis. Cette publication n’est pas une méta-analyse statistique, n’est pas une expérimentation nouvelle ni n’est pas un essai clinique. Cela doit être dit absolument. En revanche , C’est une évaluation critique experte basée sur l’état actuel des connaissances en neuroanatomie, physiologie et évolution.
Autrement dit ce papier ne « démontre » pas expérimentalement que tout est faux ; il soutient que les fondations biologiques de la théorie sont incompatibles avec les données modernes.
Voici la référence de l’étude :
Grossman P. et al. (2026). Why The Polyvagal Theory Is Untenable: An international expert evaluation of the polyvagal theory and commentary upon Porges (2025).
Clinical Neuropsychiatry, 23(1).
DOI: 10.36131/cnfioritieditore20260110
Droit de réponse du Dr Porges
Dans sa réponse intitulée « When a Critique Becomes Untenable », le Dr Stephen Porges réfute l’étude critique de Paul Grossman et de ses collègues sur la Théorie Polyvagale, arguant que ces derniers dénaturent sa théorie. Porges soutient que les critiques de Grossman reposent sur une compréhension caricaturale de la TPV et omettent d’engager la littérature scientifique évaluée par les pairs. Pour plus de détails, consultez l’article sur traumatherapistinstitute.com.
Pour aller plus loin
Je vous ai préparé un visuel (prompté à l’IA) qui résume cela. J’espère que vous l’apprécierez.
Sur le plan anatomique, il existe bien dans le bulbe rachidien deux noyaux vagaux efférents majeurs :
Le noyau ambigu
Il participe notamment à :
- l’innervation du cœur,
- du pharynx,
- du larynx,
- de la déglutition,
- de la phonation.
C’est un noyau bien établi en neuroanatomie.
Le noyau moteur dorsal
Il participe principalement à :
- l’innervation parasympathique des viscères,
- l’estomac,
- l’intestin,
- le pancréas,
- diverses fonctions digestives.
Lui aussi est parfaitement reconnu.
la controverse
Les critiques ne disent pas : « le noyau ambigu n’existe pas » ou« le noyau moteur dorsal n’existe pas ». Ce serait absurde. Ils insistent sur le fait que l’existence de ces deux noyaux ne prouve pas automatiquement l’existence de deux états psychologiques autonomes distincts : noyau ambigu = sécurité sociale, et noyau moteur dorsal = figement traumatique.
Une analogie pour expliquer cela ?
Imaginons que le taux d’alphabétisation et le PIB par habitant progressent ensemble dans plusieurs pays. Peut-on conclure que l’éducation cause la croissance économique ? D’autres facteurs extérieurs comme la santé ou la stabilité politique influencent souvent ces deux variables simultanément (merci à sherpas.com pour l’exemple).
C’est un peu la position des critiques : Les noyaux existent et les états émotionnels aussi ; c’est connu et étudié depuis longtemps mais le lien est insuffisamment démontré.
Donc, le noyau ambigu et le noyau moteur dorsal du vague sont deux structures neuroanatomiques réelles et bien documentées du tronc cérébral. La controverse ne porte pas sur leur existence, mais sur l’interprétation fonctionnelle que la théorie polyvagale en déduit, notamment l’idée que chacun correspondrait à un état psychophysiologique distinct tel que la sécurité sociale ou le figement traumatique.
Oui, il y a une division topographique du nerf, mais…
- Le nerf vague gauche devient le tronc vagal antérieur (situé devant l’estomac).
- Le nerf vague droit devient le tronc vagal postérieur (parfois qualifié de dorsal, situé derrière l’estomac). Ce tronc postérieur distribue des fibres majeures vers les viscères de l’abdomen.
Cette distinction est avant tout topographique. Les deux troncs contiennent un mélange de fibres sensitives, motrices et parasympathiques destinées aux viscères thoraciques et abdominaux.
Le nerf vague n’est pas constitué de deux grands câbles anatomiquement séparés correspondant à des fonctions psychologiques distinctes. Il s’agit d’un nerf mixte complexe qui participe à la régulation parasympathique, mais aussi à la transmission d’informations sensitives viscérales et à plusieurs fonctions réflexes impliquant le cœur, les poumons, le pharynx, le larynx et le système digestif.
N’hésitez pas à commenter cet article ou à me poser des questions. Vous pouvez également référencer cette page.
Vous aimez cet article? Alors je vous suggère de télécharger un cahier de stage que j’ai offert à mes élèves lors d’un stage sur les techniques somatiques et le yoga: ici
Ma charte d’utilisation de l’IA: ici

Merci pour ton travail de synthèse Claudio.
C’est limpide et nous mesurons encore, s’il en était besoin, à quel point il faut prendre le temps de décortiquer les phrases chocs des réseaux sociaux.
Merci Muriel.